samedi, mars 22, 2014

Mistigri

La Vie vous réserve parfois des hiatus là où vous vous y attendiez le moins.

Voici le nôtre pour cet hiver...celui qui m'a fait sombrer dans un lourd sommeil, qui a modifié mes goûts, mon odorat et mes humeurs, qui a généré bien des réflexions pendant qu'il faisait tranquillement sa place au creux de moi.
Frédéric a proposé de l'appeler...Mistigri. Charmant non?

Eh oui, celle que l'on croyait notre dernière, notre Bébé fille, notre belle Choupette, la cerise féminine sur notre masculin sundae devra faire une petite place à BB8. :)



jeudi, mars 20, 2014

Une lettre, une femme

C'était il y a peut-être quatre ans. Mon père était décédé depuis deux ans. Sa femme m'avait remis une boîte avec des albums, des dossiers professionnels, les bottes de son uniforme de gendarme et quelques autres souvenirs qu'il gardait précieusement, lui qui n'était pas vraiment attaché à quoi que soit de matériel.

Cette boîte: un coffre aux trésors contenant des parcelles de lui. Mon père, si "socialement" généreux, si expansif, si plein d'aisance, de charme, de charisme et de volupté, était pourtant un homme secret.

Dans le coffre aux trésors, la lettre d'une femme.
Une lettre qui a changé ma vie.

Je ne connaissais pas cette femme qui avait traversé son parcours mais elle m'avait bouleversée et je devais le lui dire.

Elle se souvenait de moi et finalement j'ai réalisé que je me rappelais d'elle aussi. De ses enfants, surtout. J'avais 6 ans, mon frère 7. Sur le pas de la porte d'une maison, nous nous apprêtions à partir. Mon frère et moi étions intimidés par les deux petits garçons de 5 ou 6 ans qui se tenaient collés l'un près de l'autre sur les escaliers. Tous les quatre nous nous dévisagions, figés par notre gêne enfantine commune.

Les 27 années qui ont suivi -si-si, si longtemps- nous nous rappelions cet instant. "Tu te souviens papa des deux petits garçons dans l'entrée..." (je les appelais par leurs prénoms dont j'adorais la fluidité) Et les yeux de mon père s'illuminaient. "Oui, oui, c'est vrai, vous étiez si gênés...!" Et il souriait. Chaque fois que nous les évoquions, nous répétions inlassablement la même chose (il n'y avait rien à dire d'autre) et chaque fois un courant passait entre nous. Comme un secret (qui n'en était pas vraiment un) réactivé et qui nous liait à un moment dont nous nous rappelions l'âme avec précision. Étonnant comme on peut se rappeler l'émotion, le feeling d'un instant qui pourtant n'avait rien de significatif pour la petite fille que j'étais.

J'avais juste "oublié" le prénom de leur maman, qui est devenue ces 4 dernières années une des plus précieuses amies, confidentes et alliées de ma vie. Cette femme d'une rare authenticité fut un véritable coup de foudre pour moi.

En quelques échanges, nous eûmes l'impression de nous connaitre depuis toujours, comme deux vieilles amies liées par un "autrefois" inexplicable qui n'avait rien à voir avec notre "rencontre" furtive 29 ans plus tôt.

Ma considération fut totale, la sienne aussi. Il y avait en elle une objectivité, une sagesse, une innommable grandeur d'âme, une articulation des idées, une franchise merveilleuse livrée si authentiquement et avec un si heureux mariage de vérité crue et de doigté que celle-ci ne pouvait qu'être bien accueillie. Et le sucre béni de son humour, Ô bonheur, quel délice ! Elle savait saupoudrer là où il le fallait son auto-dérision et son cynisme tout autant que son raffinement. Elle était la professionnelle d'un dosage parfait entre sagacité, humour, élégance, générosité, délicatesse, intégrité,  jugement, force de caractère et esprit.

Comme je me suis battue, souvent rageusement, pour trouver ma véritable place amoureuse et professionnelle ces dernières années ! Et elle, en retraitée qui avait connu des décennies plus tôt des batailles semblables, des doutes mais aussi des accomplissements professionnels, de me raconter combien avec du recul, la seule véritable réussite de sa vie était ses fils. On a tous besoin de se prouver notre valeur ailleurs qu'auprès de ses enfants mais au final, pour elle, sa maternité et l'éducation de ses fils l'emportait sur l'échelle des accomplissements. Elle était lucide pourtant, pas de ces mères aveuglées par la simple filiation qui idéalisent leurs enfants, les élèvent coûte que coûte au-dessus de tout et les érigent en Intouchables.

Non. Elle était fière mais réaliste.

Les responsabilités familiales, parfois lourdes quand on s'y dissout presque entièrement, prend tout son sens quand on constate avec émotion combien nos investissements d'amour, de temps, de franchise, de dévouement et de principes ont porté fruit des années plus tard. Elle en était là.

Depuis son arrivée dans ma vie, j'ai abandonné des luttes inutiles, des quêtes vaines. J'accepte et vis pleinement ce que je possède, j'apprécie mes réussites, aussi futiles ou discrètes soient-elles même si j'ai souvent l'impression de vivre dans l'ombre des réussites et ambitions professionnelles de mon amoureux, comme si c'était tout ce qui compte dans une vie. J'accorde davantage de valeur à ce qui ne possède pas d'unité de mesure quantifiable.

Mes incertitudes, mes doutes, mes luttes parfois ridicules contre moi-même, elle a toujours su les reconnaitre et sans nécessairement le faire exprès, les désamorcer. C'est peut-être justement cette impression de sans faire exprès qui faisait d'elle une amie si exceptionnelle. Qui réussit à laisser savoir ce qu'elle pense mais qui ne brusque pas, qui n'impose pas. Et n'allez pas croire que c'est parce qu'elle n'avait pas d'opinions ou de convictions ! En belle personne authentique, on sentait bien ce qui l'animait, ce qui la faisait vibrer ou ce qui la révoltait ! Et des révoltes, elle en avait ! Elle les livrait si fougueusement qu'elle en devenait doublement et adorablement attachante.

Belle combative, pacifique belligérante, des combats, elle en a vécu aussi. Dans ses quêtes de femme, d'amoureuse éperdue qui aime, espère et attend, qui offre et donne sincèrement, dans ses blessures passées, dans sa bienveillance et sa volonté de vouloir préserver ceux qu'elle aime quitte à tout porter sur ses seules épaules d'inébranlable Reine Mère. Contre le cancer, aussi.

Elle aura lutté longtemps et en toute discrétion pour éviter d'imposer de la souffrance à tous ceux qu'elle aimait et qui redoutaient le retour de la Bête. Elle était consciente de ce que son corps portait, elle faisait les suivis qu'il fallait mais ne s'en faisait pas outre mesure. Elle avait compris qu'il faut profiter de la vie quand il le faut, se démener quand il le faut et lâcher prise quand il le faut.

Lâcher prise, elle a su le faire avec conscience, humour et élégance. Tout à fait à sa manière.

Même malade, la Reine Mère continuait d'habiter l'espace avec contenance, force et dignité. Elle savait user de dérision pour parler de sa mort imminente, elle savait maintenir un "climat d'au revoir" lucide mais sans triste grisaille.

Sa sérénité face à la mort était rassurante, apaisante.
Elle est partie tout doucement dimanche dernier entourée de ses précieux fils, de sa bru adorée et de sa grande amie et complice de toujours.

Malgré son départ, je ne puis qu'être émue, bouleversée d'amitié de ce départ empreint d'amour, d'humour et de quiétude. Je pourrais être triste bien davantage et cela viendra mais depuis 4 jours, je me sens si pleine de gratitude de l'avoir eue dans ma vie que je ne puis que me sentir choyée à puissance 10, heureuse que ses proches aient pu être auprès d'elle pour l'accompagner vers son dernier voyage. Je suis reconnaissante envers la Vie que cette amie exceptionnelle et magnifique grande âme libre ait pu partir aussi heureuse, aimante et accomplie.

Cette femme a su apaiser par la force tranquille de son amitié mes incessantes tempêtes intérieures. Elle m'a insufflé encore davantage le goût de la qualité, du dévouement maternel, du plaisir des choses simples, mon amour de l'humour. Sa personne entière m'a charmée et inspirée. Nos échanges, les interminables courriels, le bon vin et les fous rires en sa compagnie me manqueront.

Inimittable Reine Mère, merci mille fois d'avoir enrichi ma vie et tel que discuté, n'hésite jamais à passer me voir; je ne crains pas les fantômes et je tâcherai de garder des "bonbons roses" et du bon vin en stock en tout temps !








mercredi, février 26, 2014

Du Anne-Lune plein les oreilles !

Fin d'après-midi. Les ados sont éparpillés dans la maison avec les ordinateurs et jouent à des jeux en réseau.

Coco (12 ans....et dire qu'il en avait à peine 4 lorsque j'ai ouvert ce blogue !) est attablé avec le laptop, bien concentré à défendre sa civilisation contre celles de ses ennemis et agacé par le background trop grouillant.

Background trop grouillant: Fred et Béatrice qui rient, dansent et "sprignent' sur fond de musique d'Anne-Lune, entrainante à souhait, tentant de chantonner les quelques paroles qu'ils ont apprises au fil des écoutes.

Soudainement Frédéric réalise que des enfants chantent aussi sur l'album (eh oui, ce sont les trois enfants de la chanteuse), ça l'emballe doublement et il monte encore un peu -pour la énième fois- le volume.

Coco s'énerve: cette musique est trop forte et l'agitation excessive de ses jeunes frère et soeur l'agresse. Il revendique qu'on BAISSE LE SON (c'est qu'on ne s'entend même plus penser ici d'dans) !

Au grand regret des plus jeunes, on diminue le son de la musique. J'explique alors à Frédéric que les jeunes enfants qui chantent sur le disque, ce sont les jumeaux d'Anne-Lune et leur petit frère. Il est très impressionné: "Tu la CONNAIS? Ce sont des ENFANTS et ils ont fait un DISQUE?"

Ayant entendu cela, Coco est soudainement pris de remords et s'excuse d'avoir OSÉ dire que la musique l'énervait et espère que je comprends que c'est juste que ça faisait bouger les petits d'une manière incontrôlable. Je souris. "C'est pas grave Coco, c'est de la musique pour enfants, tu ne fais pas partie de la clientèle-cible de toute manière."

Les thèmes de cet album sont l'environnement, l'entraide, le partage, des préoccupations réelles pour la chanteuse, une artiste et surtout une humaine engagée et cohérente dans ses choix vie.

"Tu sais que Anne-Lise a travaillé avec son amoureux pour réaliser cet album? Ils ont tout fait ensemble. Je renchéris avec une info qui fit un jour partie de son "époque" du temps où il fréquentait la garderie: son amoureux, c'est lui qui a écrit et réalisé les cinq premiers albums d'Annie Brocoli."



Cette fois c'est Grand-Homme qui réagit: "C'est pas un peu ironique?"
-???
-Ben je veux dire, tu trouves pas ça un peu ironique qu'il (le compositeur Jean-François Munger) ait décidé d'envoyer Annie Brocoli dans l'espace et Anne-Lune dans le compost?
-???
-Ben me semble que ça aurait dû être l'inverse avec des noms pareils tu ne penses pas?

Aaaaah ! Je voiiiis ! :o)

C'est que le fil conducteur musical de l'album, c'est l'aventure qui arrive au personnage d'Anne-Lune: après avoir bu un jus magique, elle rapetisse et tombe dans le bac à compost. Dans ce riche (le moins qu'on puisse dire) univers, elle rencontrera des personnages (dont plusieurs insectes utiles) qui lui donneront les ingrédients nécessaires pour l'élaboration de la recette qui lui permettra de retrouver sa taille normale. C'est un conte ludique, musical et délicieusement pédagogique qui permettra aux petits et grands de se familiariser avec les "dessous" du jardinage et du compostage.



Aux intéressées par la dynamique musique d'Anne-Lune: un CD de l'album sera tiré au hasard vendredi le 7 mars parmi ceux et celles qui commenteront ce billet.

Vous organisez des évènements promotionnels pour enfants ou avez une garderie? Notez qu'Anne-Lune propose un spectacle animé et interactif avec les chansons de son album.

Pour suivre la page Facebook d' Anne-Lune

mardi, février 18, 2014

Les enfants et la discipline canine

Lorsque nous avons décidé de racheter la chienne Mira que nous gardions en famille d'accueil en attendant qu'elle soit placée dans un des programmes d'entrainement de la fondation, il allait de soi que les enfants devaient continuer de s'impliquer auprès de ce chien qu'ils aimaient tant (et qui fut disqualifié après près de 2 mois d'entrainement dans le programme destiné aux enfants TED).

S'impliquer: promener le chien une fois par jour (par ado), le nourrir, le brosser, remplir son bol d'eau et bien sûr effectuer des tâches ingrates comme ramasser du (rare) vomi, ramasser le fruit de ses bêtises ET LA PIRE TÂCHE d'entre toutes: disputer l'animal.

Il est inutile de dire que cette petite chienne a changé beaucoup de choses dans notre vie. Outre l'organisation (comme planifier des horaires de promenades, surveiller la bouffe qu'on ne peut absolument plus laisser quelques secondes sans qu'elle ne disparaisse plus vite que son ombre, la faire garder lorsque nécessaire) elle a aussi modifié certains traits de personnalité humaine parmi les membres de notre famille.

Mes enfants les plus solitaires ou introvertis ont trouvé en cette petite Bouvier Bernois la parfaite compagne. Enjouée, affectueuse (pour ne pas dire dépendante affective), pleine d'énergie, elle fait rire les enfants par ses surplus d'adrénaline, ses élans de mongole folle, ses quêtes de jeu, ses airs candides et sa prévisibilité. Ces deux dernières années, j'ai entendu mon Tout-Doux (14 ans) rire aux éclats plus d'une fois, lui qui avait toujours été d'un grand sérieux et d'une véritable discrétion depuis son tout jeune âge.

Le chien connait les habitudes des enfants, les attend fébrilement dès qu'il sent l'agitation de la fin des classes (nous habitons assez près de l'école primaire). Il observe les ados marcher depuis leur arrêt de bus, tentant de demeurer assis, calme et patient mais sa queue s'agite, il peine à contenir son excitation...puis il finit par se mettre à japper nerveusement, trop heureux de retrouver ceux qu'il a laissé partir à contrecoeur quelques heures plus tôt.

Avoir un chien m'a permis de découvrir le degré de "leadership" de mes enfants. Je dois dire que cela m'amuse beaucoup de les observer à l'heure d'imposer un tant soit peu de discipline à notre chienne de nature dissipée et indisciplinée.

Fils Aîné est très respecté par la chienne. Elle l'adore...mais le craint tout autant. Il faut dire qu'elle a fouillé dans la poubelle de son intouchable chambre à plusieurs reprises, déchiqueté et éparpillé son contenu. Elle a alors goûté la médecine impitoyable de l'aîné. Queue entre les pattes, oreilles basses, elle file doux des heures durant après une punition de l'ainé. Il est même arrivé qu'il n'ait qu'à ouvrir la bouche pour que le chien urine sur le plancher, totalement paniqué à l'idée de se faire gronder par le jeune homme. Depuis, l'aîné s'est adoucit: pas le choix, quand on est pris pour ramasser ET l'objet du gâchis ET le pipi nerveux !!

La nonchalance de Grand-Charme (presque 17 ans) n'impressionne plus personne, pas même le chien. Se faire gronder par Grand-Charme, c'est se faire dire doucement en se faisant caresser le cou et les oreilles: "Mais voyons ma belle fille, qu'est-ce qui t'a pris de fouiller dans la carcasse de poulet? Pauvre fille, c'est pas bon pour toi, tiens, voilà un vrai bon morceau de poulet tout tendre, ce sera bien meilleur !" (je caricature...mais vous voyez le genre)

Tout-Doux a énormément développé son leadership depuis la présence du chien. Il s'impose davantage, prend sa place, habite l'espace, lui dont on oubliait facilement la calme et docile présence. Même s'il demeurera toujours d'une grande douceur, il est maintenant capable d'élever le ton lorsque vient le temps de faire savoir au chien que son comportement était répréhensible.

Coco...ah, ce Coco...Vous ne voudriez pas l'avoir comme maître ! Coco a toujours su prendre sa place. Et n'allez pas croire que parce que c'est un garçon serviable, travaillant, aimant, généreux et un véritable rayon de soleil qu'il vous rendra la vie facile si vous êtes un chien et que vous faites une bêtise. Que nenni. Coco est un intense, autant dans son enthousiasme que dans ses colères. Si vous faites une connerie, cachez-vous.
Loin.
Vous gagnerez quelques minutes mais sachez qu'où que vous soyez, il vous trouvera. Les murs de la maison trembleront sous sa grosse voix qui vous cherche. Coco ne laissera passer aucune niaiserie. Il prendra le temps nécessaire à vous faire regretter d'avoir déchiqueté des mouchoirs ou mangé le reste de son grilled-cheese. Tremblez. Un grand guerrier, Coco? On pourrait le croire mais c'est un grand pacifique.

Petit Fred a encore du boulot à faire pour gagner de la crédibilité de leader auprès du chien. Ses punitions n'impressionnent guère le cabot mais au moins, contrairement à Grand-Charme, il possède la volonté (et la faculté) de se fâcher.

dimanche, février 16, 2014

Aveu

Mes pensées, puis mes paroles ont blessé une amie.
J'ai été dure. Mes mots ont souligné ce qui n'allait pas, c'était ce qui prenait toute la place à cet instant en moi. Pourtant, il y avait tout le reste, toute la considération, l'admiration, l'estime, le plaisir, le goût de la découverte, l'acuité d'esprit, la vivacité, la belle âme sensible.

https://www.youtube.com/watch?v=hklYetSizZE


vendredi, décembre 27, 2013

La non-politique de satisfaction client

Ma précieuse machine espresso ayant rendu l'âme plusieurs mois plus tôt, je me décide un matin à acheter une cafetière Tassimo malgré mes réserves (le système de cartouches n'est pas du tout eco-friendly).

Un latté plus tard, verdict: ar-ke. Le goût est fade, j'ai l'impression de boire un ersatz de café. Je refais le test avec uniquement la cartouche café et je prends du lait frais que je fais mousser à part: je ne suis guère plus satisfaite.

J'avais aussi acheté des cartouches de chocolat chaud, qui ont ravi mes garçons par leur facilité d'utilisation (facile et kids-friendly j'en conviens). Tout-Doux (14 ans) a goûté au latté pour tester et est arrivé à la même conclusion que moi: ça ne goûte pas le latté.

J'en conclus donc que ce type de machine et moi ne sommes pas faites pour nous entendre. Je nettoie la machine, la remballe et la rapporte au magasin.

D'entrée de jeu et avec son air blasé, la préposée au comptoir client me demande ce qui ne fonctionne pas. Je rectifie: elle fonctionne mais je ne l'aime pas. J'aimerais me faire rembourser.

Elle m'informe aussitôt en soupirant, lasse: on- ne-peut-pas-vous-rembourser-madame-on-n'a-pas-de-politique-de-satisfaction-client-ici.

-Euh...pardon? Je l'ai achetée avant-hier, j'ai ma facture...
-Notrepolitiqueindiquebienquenousneremboursonspassipasdanssonétatoriginaldonconneremboursepas.

Je lui explique que tout est dans la boîte, propre, et que...

Elle est catégorique: elle ne pourra la remettre sur les tablettes. Le mieux qu'elle puisse faire est de me donner un crédit magasin pour une autre machine.

Bon.
Je comprends mais trouve cette nouvelle politique...comment on dit déjà? Ah oui...douteux.
Je lui souligne que même si elle me donne un crédit, elle ne pourra quand même PAS la remettre sur les tablettes.

-Eeh non mais c'est la politique. C'est tout.

Je suis sciée par cette extraordinaire rigidité. Je ne peux m'empêcher de me dire, à son air sec et indiscutable, qu'elle doit être totalement écoeurée de sa job.

Je vais donc zieuter les autres machines.
À contrecoeur je dois dire car mon plus grand fantasme de consommatrice à ce moment est une véritable machine espresso.

Mais bon.

Je me tourne vers le "moindre mal": une Keurig.

Je retourne au comptoir clients pour l'échange.

Ce n'est plus la même employée.

"C'est la nouvelle machine que vous avez trouvée...Bon je dois vous dire qu'en principe on ne vous l'aurait pas échangée mais ma collègue a ... bon...en tout cas...." fait-elle sèchement.

Elle retourne à son taponnage, passe un appel qui me sidère par son manque de tact: "Ouin c'est UneTelle...ouin...c'est pour la "madame qui avait "acheté la machine juste pour l'essayer"...ouin..."

"La Madame qui avait acheté la machine "juste" pour l'essayer..." WoW! C'est moi ça...apparemment... On ne m'avait jamais encore affublé d'un tel qualificatif.

La jeune femme revient vers moi, m'explique que beaucoup de clients abusent et retournent n'importe quoi. En vérité je le sais. J'ai travaillé aussi à un service à la clientèle, je sais comme certains clients peuvent être pathétiquement avares.

Je la regarde avec quasi compassion, lui explique: "Hm, je comprends que certains abusent mais c'est bien la première fois que je retou..."

-Je sais rétorque-t-elle mécaniquement mais pour moi vous êtes dans le même bateau que les autres et  der toute façon on n'a pas de politique de satisfaction client ici.
-Ah ça oui vous pouvez être sûre que je l'ai compris, vous ne cessez de le répéter.

Au fond je la plains. Avant même que le premier client n'ait franchi la ligne de son comptoir la première préposée avait déjà l'air mortellement blasée de son propre terne speach sur la non-politique de satisfaction client.  La deuxième n'est guère mieux.

Dans ma tête, en boucle: change-dont de job, Reine de la diplomatie !

Après plusieurs va-et-vient dans son sanctuaire de la non-satisfaction client, elle revient "transactionner" mon échange en m'avertissant comme on avertirait un enfant fautif qu'elle m'avertiiit làààà, si je reviens pour l'échanger parce que je l'aime pas, ce sera NON.

Je suis rentrée complètement déçue du service inexistant de ce Canadian Tire.
Grand-Homme s'est fait un plaisir de retourner la nouvelle machine dans une autre succursale (Terrebonne) au service-client beaucoup plus à la hauteur. Même s'ils ne nous ont pas remboursé la  machine, le tact avec lequel ils ont offert un bon d'échange magasin était nettement supérieur au Canadian Tire du Smart Centre de Laval.